
Au 9 juillet 2026, le mouvement le plus intéressant n’est pas la baisse de l’or en soi, mais sa résistance relative malgré un cocktail normalement défavorable: rebond du dollar, remontée des anticipations de hausse de taux américains et nouvelle tension militaire autour de l’Iran. Selon Reuters, l’once d’or au comptant est revenue vers 4.060 dollars jeudi matin, après 4.123 dollars la veille et 4.140 dollars mardi. L’argent recule davantage, à 57,77 dollars l’once jeudi contre 60,88 dollars mardi, ce qui rappelle qu’en phase de stress macro, il garde un bêta plus élevé que l’or.
Ce retournement de très court terme vient d’abord du message monétaire américain. Le 2 juillet, le rapport emploi du Bureau of Labor Statistics a montré seulement 57.000 créations d’emplois non agricoles en juin, avec un taux de chômage à 4,2%. Ce chiffre avait d’abord soutenu le métal jaune en fin de semaine dernière. Mais les minutes de la Fed publiées le 8 juillet ont ravivé la lecture inverse: l’inflation reste jugée assez large pour justifier un biais restrictif plus long, tandis que le taux des fed funds a été maintenu à 3,50%-3,75% lors de la réunion du 17 juin d’après la Réserve fédérale. Autrement dit, le marché repasse d’un scénario de ralentissement à un scénario de stagflation légère, historiquement plus ambigu pour l’or à court terme.
Là où le tableau devient moins consensuel, c’est sur l’argent. La baisse du prix spot masque une tension physique en Asie. D’après Reuters, les restrictions indiennes sur les importations ont fait bondir les primes domestiques à 6,5 dollars l’once, soit plus de 10% au-dessus du prix de référence mondial, alors qu’elles affichaient encore des décotes allant jusqu’à 5,5 dollars en mai. Les importations indiennes sont tombées à 46,8 tonnes en mai, contre 534,3 tonnes un an plus tôt. Pour un investisseur particulier, c’est un point clé: un spot qui corrige n’implique pas forcément une détente immédiate sur les produits physiques si les flux d’importation se grippent.
Sur l’or, la toile de fond reste structurellement porteuse. Le World Gold Council indique que les banques centrales ont encore acheté 41 tonnes nettes en mai, dont 18 tonnes pour la Pologne et 10 tonnes pour la Chine. Ce soutien officiel ne fait pas monter le marché tous les jours, mais il réduit la profondeur des corrections. En parallèle, Hong Kong a lancé le 7 juillet l’essai de son nouveau système central de compensation pour l’or, avec relance de contrats à terme et ambition assumée de devenir un hub régional, selon le gouvernement hongkongais. C’est de l’infrastructure, pas du bruit: plus il y a de chambres de compensation, de stockage et de liquidité en Asie, plus la demande physique peut s’organiser hors des circuits historiques.
En pratique, le particulier doit distinguer prix de marché et conditions d’accès. Sur l’or, le repli récent ressemble davantage à une respiration sous contrainte de taux qu’à une cassure fondamentale. Sur l’argent, la volatilité reste plus dure, mais la tension sur les primes en Inde rappelle qu’un métal peut corriger sur écran tout en restant recherché sur le terrain. Pour un achat progressif, le couple le plus rationnel reste donc: or pour la fonction d’assurance patrimoniale, argent pour un levier plus cyclique, en acceptant un risque de variation nettement supérieur.
Dernier fait divers à surveiller cette semaine: en France, une vingtaine de bijoux d’une valeur de plusieurs millions d’euros ont été volés le 6 juillet au musée Lalique en Alsace, selon Reuters. Ce n’est pas un fait de marché, mais c’est un rappel utile: quand la valeur des métaux et des bijoux grimpe, le sujet de la sécurisation physique redevient central. Pour les prochains jours, il faudra surtout surveiller trois variables: l’évolution du front Iran-détroit d’Ormuz, la trajectoire du dollar après les minutes de la Fed, et la capacité de l’argent à stabiliser ses primes physiques malgré sa baisse spot.