
Au 3 juillet 2026, le signal nouveau n’est pas géopolitique mais monétaire: l’or repart alors même que le marché sort de sa plus mauvaise séquence trimestrielle depuis 2013. Selon une dépêche Reuters, l’once au comptant montait vendredi à 4.177 dollars, en hausse d’environ 2,2 % sur la semaine, sa première progression hebdomadaire en cinq semaines. L’argent suivait avec 62,41 dollars l’once, retrouvant un niveau qu’il n’avait plus tenu depuis plus d’une semaine. Le point important est moins le chiffre absolu que le changement de régime: le marché a cessé, au moins temporairement, de vendre systématiquement les rebonds.
Ce retournement est directement lié au marché du travail américain. Le rapport de juin publié jeudi par le Bureau of Labor Statistics montre des créations de postes limitées à 57.000, avec un taux de chômage stable à 4,2 %. Pour les métaux précieux, le message est clair: moins de tension sur l’emploi, donc moins de pression immédiate pour de nouveaux relèvements de taux. C’est ce que le marché a traduit par une baisse du dollar et un reflux des anticipations de resserrement, deux variables qui avaient lourdement pénalisé l’or et l’argent en juin.
Il faut garder une lecture froide. Le rebond de cette fin de semaine n’efface pas le dommage macro des dernières semaines. Mardi encore, l’or touchait un plus bas de plusieurs mois sous 3.943 dollars avant de se reprendre, toujours selon Reuters. En d’autres termes, le marché avait commencé à revaloriser un scénario de taux américains plus élevés plus longtemps, alimenté par des craintes inflationnistes et par la sensibilité persistante des banques centrales au choc énergie du printemps. L’or reste donc moins tiré par le statut de valeur refuge que contraint par le prix du cash en dollars.
La nuance, c’est que la demande structurelle ne s’est pas évaporée. Le World Gold Council rappelle que la demande mondiale d’or au premier trimestre, OTC inclus, a atteint 1.231 tonnes, avec 474 tonnes en lingots et pièces, tandis que les banques centrales ont encore acheté 244 tonnes sur la période. Plus récemment, le World Gold Council indique que les réserves officielles ont progressé de 41 tonnes nettes en mai, emmenées par la Pologne (18 t) et la Chine (10 t). Cela ne protège pas le marché d’une correction quand les rendements montent, mais cela explique pourquoi chaque passage sous 4.000 dollars attire rapidement des acheteurs de long terme.
Pour un particulier, la conséquence pratique est simple. Sur l’or, la zone récente 4.000-4.200 dollars redevient un couloir de réaccumulation tactique plutôt qu’un marché de poursuite. Sur l’argent, le dossier reste plus nerveux: le métal bénéficie du même soulagement sur les taux, mais avec une volatilité supérieure. Autrement dit, l’argent peut surperformer si le dollar se détend encore, mais il corrigera aussi plus vite si les chiffres d’inflation ou les salaires repartent à la hausse. Dans ce contexte, lisser ses achats reste plus rationnel que courir le point bas.
Le fait divers minier de la semaine vient du Québec. Le 2 juillet, Agnico Eagle a annoncé un mouvement de terrain sur la paroi nord de la fosse Barnat à Canadian Malartic, sans blessé, mais avec suspension temporaire de l’exploitation. Le groupe estime l’impact à 60.000 à 80.000 onces d’or en moins au second semestre 2026 sur ce site. Ce n’est pas un choc d’offre mondial, mais c’est un rappel utile: après le grand récit macro, le marché de l’or reste aussi un marché de tonnes physiques, de qualité géologique et d’aléas d’exploitation.
La suite se jouera sur deux écrans: le dollar et les prochains chiffres d’inflation américains, puis la capacité de l’or à tenir durablement au-dessus de 4.150 dollars. S’il y parvient, l’argent pourrait reprendre la main plus franchement. Sinon, ce rebond restera une respiration technique dans un marché encore dominé par les taux.